Nous avons décidé de republier le commentaire de Rolland St-Gelais (voir Être son propre modèle) sous forme d’article, accompagné cette fois-ci d’images et d’un lien à sa galerie de photos sur DevianArt. Pourquoi ? Parce que cet homme a non seulement « osé posé nu », il a surtout osé s’affirmer positivement dans ce qu’il est à part entière, au-delà de toute forme de jugement et de préjugé!
Au lieu de fuir les regards interrogateurs posés sur son corps et l’handicap qu’il porte, il a décidé d’offrir sa différence et son image de façon créative.
Là où d’autres se seraient cachés, obéissant aux règles implicites selon lesquelles il est socialement préférable de masquer la vulnérabilité et l’infirmité, et d’afficher tout ce qui tend vers les idéaux de performance et de perfection, Rolland s’est tout simplement dévoilé tel quel au regard public. Pratiquant l’art difficile de l’autoportrait photographique sans complaisance ni apitoiement, il accepte de poser un regard à la fois franc et accueillant sur son corps, regard que bien peu de personnes, même parmi les plus « avantagés » acceptent de s’accorder.
Sa démarche artistique relève de la même authenticité, ne considérant une photo digne d’intérêt que si son œil “partage ce que son cœur ressent”!
Bonjour,
J’ai adoré lire cet article qui est venu me chercher dans mon âme (voir Être son propre modèle par Benoit David)
En effet, je sais très bien ce qu’est que de poser nu pour soi-même et par la suite, poser pour une diffusion sur un site artistique.
Il est vrai que je suis habitué à me faire regarder par la plupart des gens. Je suis handicapé depuis ma naissance, ceci est dû par la Thalidomide, et le fait d’être dévisagé pour mon physique est devenu au fil du temps une habitude. Toutefois, je me suis dis qu’il serait bien que les gens, du moins ceux et celles qui désirent voir la différence physique sous un autre regard, aient la chance de le faire avec un homme bien dans son corps et heureux de sa situation.
C’est ainsi que je suis devenu membre du site DeviantArt où j’y ai mis plus de mille photos. Mais, attention ! De ce nombre, li n’y a qu’environ 60 photos de moi photographié nu. Il ne faut surtout pas mélanger » le désire éducationnel » avec celui de « l’exhibitionnisme ». Ce sont-là deux voies totalement opposées.
C’est moi-même qui me prend en photo et ce, sous le coup d’une conception apparue soudainement. Que faire ? Pourquoi le faire ainsi et non pas d’une autre façon ? Et, le plus important, dans quel but ?
Je réponds à la question par ce simple constat : Tout montrer, mais le montrer avec soin. Si je suis capable de répondre à cette question et de réaliser mes photos dans cette optique, je suis déjà sur la bonne voie.

Pour la deuxième question, le tout doit être fait selon le feeling du moment. Que veut exprimer mon âme en utilisant ce corps blessé, mais beau dans son parcours de vie? Je considère que j’ai réussi à réaliser une photo digne d’intérêt seulement si d’une part, mon œil partage ce que mon cœur ressent. S’il n’y a pas de connexion positive entre ce que je vois et mon sentiment profond que je vis, la photo est ratée. Mais, dans le cas contraire, je suis comblé.
Et, pour la dernière question, je retouche ladite photo avec divers logiciels jusqu’à ce que je rende celle-ci tout à fait artistique ou qu’elle réussisse à faire passer le message suivant : Pourquoi n’aurais-je pas le droit d’être vu autrement qu’un simple sujet d’ordre médical ? Mon corps n’est pas un objet de foire. Il est aussi une œuvre artistique témoignant certes d’une page sombre de la pharmacologie, mais il est aussi beau que n’importe tel autre puisqu’il a une histoire qui lui est propre.

Ce qui m’a le plus étonné se rapporte au nombre incroyable de commentaires positifs publiés sur ces photos. Bien sûr, certains sont stupides mais je les efface le plus rapidement possible et je ne leur prête guère d’attention. Mais, pour ce qui est des autres, cela a été vraiment incroyable. Certaines personnes m’ont offert de venir à Québec, où je vis actuellement, pour leur servir de modèle nu. D’autres m’ont souhaité de trouver un(e) photographe professionnel(elle) et que ses photos soient publiées dans des revues artistiques.
Il y a même un projet qui est actuellement en cours. Je ne peux pas en dire plus pour l’instant afin de ne pas se faire voler l’idée. Désolé !
Quoiqu’il en soit, cela m’a permis de faire connaître mon corps d’une façon tout autre. D’autant plus que cela m’a aidé à établir des liens avec des gens œuvrant dans le monde artistique.
Bref, je suis un homme comblé par la vie parce que j’ai osé faire ce que plusieurs personnes non handicapées n’ont jamais osé le faire : Réaliser un rêve. Rassurez-vous ! J’en ai bien d’autres.
À lire aussi, le commentaire de Rolland à l’article : La première fois que j’ai posé nue
Voir d’autres autoportraits de Rolland sur sa galerie Nude Arts
Je suis tout à fait d’accord avec le titre de l’article. L’important n’est pas ce que l’on montre mais comment on le montre. Tout est beau dans la nudité, tout est à contempler dans la nudité, rien n’est à l’exclure de cette nudité, loin de toute vulgarité.
Mais, tout en saluant mon ami Rolland, il faut faire, en tant qu’artiste, très attention au côté psychologique de la pose nue dans certains cas. J’y viendrai dans mes articles mais, c’est le côté « que recherche réellement le ou la modèle au travers la pose nue ». Car l’artiste crée l’image mais le ou la modèle regarde son image. C’est d’autant plus délicat en photographie.
Au terme d’une séance de nu avec une modèle âgée d’une quarantaine d’année qui avait été battue pendant son enfance laissant sur son corps des traces impressionnantes et indélébiles, un ami psychologue m’a dit : « attention Jean-François, tu marches sur des œufs car tu ne connais pas la réaction psychologique de la modèle face aux photos que tu auras réalisées d’elle ».
D’où, j’en parlerai bientôt dans nos articles, le contact sans silence avant une séance de pose pour bien cerner les attentes du ou de la modèle et bien comprendre son état psychologique.
[...] Tout montrer, mais le montrer avec soin – Au lieu de fuir les regards interrogateurs posés sur son corps et l’handicap qu’il porte, Rolland St-Gelais a décidé d’offrir sa différence et son image de façon créative. Pratiquant l’art difficile de l’autoportrait photographique sans complaisance ni apitoiement, il accepte de poser un regard à la fois franc et accueillant sur son corps, regard que bien peu de personnes, même parmi les plus « avantagés » acceptent de s’accorder. [...]
Je vous remercie pour la publication de mon commentaire sous forme d’article. Cela m’a profondément touché. Je ne m’attendais pas à cela et encore moins aux bons commentaires que des membres de mon entourage immédiat, incluant certains membres de ma parenté, ont partagé avec moi. Pour ceux et celles qui ont possiblement été choqués(es) d’apprendre que j’adore poser nu, je leur répond ceci : “Tant pis!” Vous êtes libres d’apprécier ou non ce que je fais.
Mais pourquoi ai-je décider de poser nu ? Pour quels motifs je désire tant devenir modèle nu pour les écoles d’art ou bien pour des artistes? Pour quels motifs raisonnables ai-je décidé de me mettre nu devant une caméra et de publier lesdites photos sur DeviantArt ?
J’affirmerai tout d’abord que plusieurs d’entre nous possèdent leurs propres définitions de ce que l’art est, ou de ce qu’elle devrait être, et ce dans un monde qui se cherche sans cesse. Que peut-on qualifier de véritablement artistique ? Où s’arrête l’art et ou commence la banalité ? D’ailleurs, quelle est la véritable différence entre les deux ? L’art est, à mon humble avis, tout ce qui fait ressortir les aspects fort variés de la vie. Il y a dans la vie toute une gamme d’émotions : l’amour, la crainte, le courage, la passion, la révolte et bien d’autres. En résumé, l’art est ce qui réussi à nous faire saisir la splendeur de la vie sous toutes ses formes. Peu importe le véhicule artistique utilisé ! De l’art est tout simplement de l’art car la vie est tout simplement … la vie. Or, nous commençons tous et toutes notre vie dans une totale nudité. Voilà donc la première raison qui m’a incité à poser nu.
Ensuite, je reconnais que j’adore poser nu. Mais, attention ! Ce n’est pas dans une recherche d’exhibitionnisme ou bien pour satisfaire un quelconque besoin que les sexologues qualifieraient de paraphilie. Mon objectif est de détruire, bien entendu selon mes capacités, les perceptions erronées de tout ce qui est différent des normes sociales de beauté et de perfection. D’ailleurs, cette idée de poser nu m’est venu à l’esprit après avoir lu un livre d’histoire dans lequel on décrivait pour la première fois, et ce dans les moindres détails, un génocide méconnu perpétré par les nazis dès 1933 avec le fameux plan T4. Le premier groupe qui a été gazé est, croyez-le ou non, les personnes atteintes de divers handicapes physiques. Dès que j’ai vu une photo présentant des dignitaires nazis qui admiraient une statue de l’homme parfait et nu, je m’étais dit qu’il était de mon devoir de présenter une autre facette de ce que l’homme pouvait aussi être, c’est-à-dire différent. Différent et pleinement humain.
Enfin, il faut avouer que nous sommes craintifs face à notre destinée ultime ; La fin de notre vie. La mort si vous préférez. Tout est fait dans notre société pour nous donner l’illusion d’être éternellement jeune, beau et en santé. Les crèmes et autres produits de beauté existent tant pour les hommes que pour les femmes. Je l’avoue : j’en utilise. Quoiqu’il en soit et bien malgré nous, nous perdons notre jeunesse au fil du temps, la beauté physique change avec l’âge et notre santé tend à péricliter sous le poids des années. Personne n’échappe au phénomène du vieillissement puisque c’est le seul moyen que nous ayons pour continuer à vivre.
Or, l’essentiel est de vivre bien dans sa peau, et ce peu importe qui nous sommes. Pour ma part, ma passion de poser nu est devenu l’un de mes outils de communication privilégiés pour exprimer ce que je suis : un être humain avant tout ! Le droit d’être heureux et de vivre selon ses convictions, tout en respectant celles d’autrui, appartient à chacun et à chacune d’entre nous. Poser nu est simplement ceci : Montrer qui je suis sans artifices, ni compromis et encore moins de fausse pudeur.
En résumé,le fait de poser nu sans vulgarité et avec classe est devenu une véritable passion artistique qui m’a permis de nouer des liens amicaux avec des gens extraordinaires. Je recevrai bientôt un photographe de New York qui désire absolument réaliser un montage photos avec moi pour modèle.
La vie est belle pour moi et je souhaite qu’elle le soit aussi pour vous tous.