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Un nouveau témoignage sur l’effet thérapeutique de la pose nue devant l’appareil photo, reçu cette fois-ci d’une participante anglophone.

Comme d’autres femmes qui ont écrit sur Oser poser nu-e, Annick, Iris et Méli, Theresa témoigne de l’effet libérateur de la pose nue. Elle écrit :

« J’avais franchi une montagne de peur et entrevu la possibilité de liberté absolue qui était l’autre côté. »

Theresa reconnaît d’autre part que l’effet thérapeutique dépend beaucoup du regard de la personne qui est derrière l’appareil photo :

« Le fait d’être vue et acceptée inconditionnellement, telle que j’étais, avait été sur le coup profondément libérateur.

Je me sentais entièrement aimée et acceptée. »

Par la suite, elle constate que son propre regard est porteur d’amour et de libération lorsqu’à son tour elle prend l’appareil photo :

« Tout ce que je visais avec ma lentille était baigné de lumière, d’acception et d’amour. »

Voici le témoignage en anglais. Une traduction libre écrite par Iris se trouve juste un peu plus bas dans la page.

Seeing the beauty that hides in each of us

I am working very hard on learning to love all of myself. This process of learning to accept myself reminds me of peeling an onion. I pull off one layer and then I uncover another. I am absolutely sure that each layer brings me closer towards peace in my own body. I am also convinced that so much of what I wear, what we wear, in terms of self hatred, is passed down by our families and society’s view of our bodies.

I have a history of self hatred. I know that I am not alone in this affliction. Some of us are aware of the hatred we carry, others are not sure why they can’t stand certain parts of their bodies. I believe this lack of self love is something that can be healed. I am certain this path of healing takes you exactly where you need to go, to grow. This gift of self awareness can teach you compassion for yourself and others. I have worked on healing in various ways, one of which is taking nude photos of yourself. I have been both the subject and the photographer. Both roles are healing. Each gives you a softer, more loving way of seeing yourself and others.

I am a very skeptical person. I doubt and question everything. I do not put my trust in very many things. I do, however, put my trust in this process for these reasons. The results I see, feel and hear in my own body confirm the healing nature of this process.

The first time I considered taking nude photos, I was working with a very kind person I had met at a health food store. I came to her with some of the health challenges I faced. She began to see me at home because she said she “helped” people. She helped me in so many ways. One, was learning to trust. She often spoke of taking nude photos as healing. She seemed so open and loving, I felt a need to try it. I had issues about pornography and I was very worried that she might turn out to be untrustworthy, after all. It was very hard for me to let go and trust. Yet, there seemed some chord, touched inside me that yearned for this healing. I finally just decided to give it a try.

She took her clothes off as she photographed me, as an act of solidarity. She told me to close my eyes and feel inside my body and move in the way I wanted to inside. I had never done any of this before. At first, I felt very self conscientious. I was very aware of what she would think as I moved. Slowly I began to find a place inside me that felt so liberated. To be really seen in a loving, accepting way, as you really are, is so freeing. I was exhilarated, I had climbed a mountain of fear and seen the possibility of absolute freedom on the other side.

I honestly felt completely loved and accepted. She did nothing to feed my insecurities or mistrust.

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I found taking photos of nude people in nature, to give me the gift of seeing in love and beauty. Behind the camera lens, I could not see with judgment. Everything I saw was bathed in light, acceptance and love.

I still take pictures to explore things I need to love and accept. I have not found a more fulfilling way to touch the body in absolute love and to connect to the bliss of seeing the beauty that hides in each of us.

Traduction du témoignage de Theresa :

j’étais libre d’être moi-même

Je travaille très fort pour apprendre à accepter toutes les parties de moi.

Ce processus d’amour de soi ressemble au geste d’éplucher un oignon. À mesure que j’enlève une couche, j’en découvre une autre. Je suis tout à fait persuadée que chaque couche que je découvre, me rapproche d’être en paix avec moi-même. Je suis aussi convaincue que ce que je porte ou ce que nous portons collectivement en terme de non amour de soi, nous est légué par nos ancêtres et aussi par le regard que pose la collectivité en général sur nos corps. Je porte la marque du non amour de soi. J’ai constaté que je ne suis pas la seule qui soit affligée par cette maladie. Si certains d’entre nous sont conscients de porter ce regard de non amour sur soi, d’autres le sont moins et ne comprennent pas toujours pourquoi ils posent un regard si jugeant sur certaines parties de leur corps. Je suis persuadée que ce manque d’amour envers soi peut être transformé. Je sais aussi que ce chemin de guérison nous amène exactement là où nous devons aller pour guérir et pour grandir. Ce cadeau de conscience nous apprend la compassion pour nous même et pour les autres.

J’ai fait différents processus de guérison et l’un d’entre eux a été d’accepter de poser nue pour de la photo. J’ai servi de modèle mais j’ai été aussi la photographe. Les deux rôles sont thérapeutiques. Chacun de ses rôles nous permet de nous voir et de voir l’autre avec un regard plus tendre et plus acceptant. Et c’est pour ces raisons que j’accorde toute ma confiance dans ce processus (même si je suis de nature très sceptique, questionnant et doutant de tout, ne faisant pas facilement confiance). Les résultats que je vois, que je sens et que j’entends dans mon propre corps me confirment la nature thérapeutique de ce processus.

La première fois que j’ai accepté d’être photographiée nue, je travaillais avec une personne très aimable que j’avais rencontrée dans un magasin d’aliments naturels. J’étais allée la voir pour des questions au sujet de ma santé. Après quelques rencontres, elle m’a proposé un accompagnement plus personnalisé et elle est venue me visiter chez moi. Elle m’a aidé de plusieurs façons et une des choses que j’ai apprise grâce à cette relation, c’était de faire confiance. Elle m’avait proposé de servir de modèle nue pour la photo. Comme elle me semblait ouverte et aimante, j’ai eu envie d’essayer. J’avais cependant des grosses réserves par crainte de la pornographie, cette personne aurait pu être tout à fait autre chose que ce que je croyais. C’était très difficile pour moi de faire confiance à mon intuition et d’accepter. Pourtant, cette proposition touchait une corde sensible en moi et j’ai finalement accepté d’accorder ma confiance.

Lors de notre première session de photo, elle s’est déshabillée aussi en geste de solidarité, pour me mettre plus à l’aise. Elle m’a encouragé à fermer les yeux, à écouter mon corps et à le laisser bouger comme je l’entendais. Je n’avais jamais fait rien de tel. Au tout début, je me sentais très figée. J’avais très peur de ce qu’elle pouvait penser alors que j’essayais de bouger. Petit à petit, j’ai trouvé en moi, lors de ce premier exercice un espace intérieur ou j’étais libre d’être moi-même. Le fait d’être vue et acceptée inconditionnellement, telle que j’étais, avait été sur le coup profondément libérateur. J’étais aux oiseaux! J’avais franchi une montagne de peur et entrevu la possibilité de liberté absolue qui était l’autre côté. Je me sentais entièrement aimée et acceptée. J’ai eu raison de faire confiance en mon intuition.

J’ai découvert que je posais un regard qui ne voyait que l’Amour et la Beauté en photographiant des gens nus en nature. Je perdais toute forme de jugement. Tout ce que je visais avec ma lentille était baigné de lumière, d’acception et d’amour.

Je continue de faire de la photo pour toucher encore et encore par ce regard d’amour ce qui est blessé et tabou. Je n’ai trouvé rien de mieux que la photo pour me connecter avec la félicité qui me traverse lorsque je vois la Beauté qui se cache en chacun.

Nous avons décidé de republier le commentaire de Rolland St-Gelais (voir Être son propre modèle) sous forme d’article, accompagné cette fois-ci d’images et d’un lien à sa galerie de photos sur DevianArt. Pourquoi ? Parce que cet homme a non seulement « osé posé nu », il a surtout osé s’affirmer positivement dans ce qu’il est à part entière, au-delà de toute forme de jugement et de préjugé!

Au lieu de fuir les regards interrogateurs posés sur son corps et l’handicap qu’il porte, il a décidé d’offrir sa différence et son image de façon créative.

Là où d’autres se seraient cachés, obéissant aux règles implicites selon lesquelles il est socialement préférable de masquer la vulnérabilité et l’infirmité, et d’afficher tout ce qui tend vers les idéaux de performance et de perfection, Rolland s’est tout simplement dévoilé tel quel au regard public. Pratiquant l’art difficile de l’autoportrait photographique sans complaisance ni apitoiement, il accepte de poser un regard à la fois franc et accueillant sur son corps, regard que bien peu de personnes, même parmi les plus « avantagés » acceptent de s’accorder.

Sa démarche artistique relève de la même authenticité, ne considérant une photo digne d’intérêt que si son œil "partage ce que son cœur ressent"!

Bonjour,

J’ai adoré lire cet article qui est venu me chercher dans mon âme (voir Être son propre modèle par Benoit David)

En effet, je sais très bien ce qu’est que de poser nu pour soi-même et par la suite, poser pour une diffusion sur un site artistique.

Il est vrai que je suis habitué à me faire regarder par la plupart des gens. Je suis handicapé depuis ma naissance, ceci est dû par la Thalidomide, et le fait d’être dévisagé pour mon physique est devenu au fil du temps une habitude. Toutefois, je me suis dis qu’il serait bien que les gens, du moins ceux et celles qui désirent voir la différence physique sous un autre regard, aient la chance de le faire avec un homme bien dans son corps et heureux de sa situation.

C’est ainsi que je suis devenu membre du site DeviantArt où j’y ai mis plus de mille photos. Mais, attention ! De ce nombre, li n’y a qu’environ 60 photos de moi photographié nu. Il ne faut surtout pas mélanger » le désire éducationnel » avec celui de « l’exhibitionnisme ». Ce sont-là deux voies totalement opposées.

C’est moi-même qui me prend en photo et ce, sous le coup d’une conception apparue soudainement. Que faire ? Pourquoi le faire ainsi et non pas d’une autre façon ? Et, le plus important, dans quel but ?

Je réponds à la question par ce simple constat : Tout montrer, mais le montrer avec soin. Si je suis capable de répondre à cette question et de réaliser mes photos dans cette optique, je suis déjà sur la bonne voie.

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Pour la deuxième question, le tout doit être fait selon le feeling du moment. Que veut exprimer mon âme en utilisant ce corps blessé, mais beau dans son parcours de vie? Je considère que j’ai réussi à réaliser une photo digne d’intérêt seulement si d’une part, mon œil partage ce que mon cœur ressent. S’il n’y a pas de connexion positive entre ce que je vois et mon sentiment profond que je vis, la photo est ratée. Mais, dans le cas contraire, je suis comblé.

Et, pour la dernière question, je retouche ladite photo avec divers logiciels jusqu’à ce que je rende celle-ci tout à fait artistique ou qu’elle réussisse à faire passer le message suivant : Pourquoi n’aurais-je pas le droit d’être vu autrement qu’un simple sujet d’ordre médical ? Mon corps n’est pas un objet de foire. Il est aussi une œuvre artistique témoignant certes d’une page sombre de la pharmacologie, mais il est aussi beau que n’importe tel autre puisqu’il a une histoire qui lui est propre.

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Ce qui m’a le plus étonné se rapporte au nombre incroyable de commentaires positifs publiés sur ces photos. Bien sûr, certains sont stupides mais je les efface le plus rapidement possible et je ne leur prête guère d’attention. Mais, pour ce qui est des autres, cela a été vraiment incroyable. Certaines personnes m’ont offert de venir à Québec, où je vis actuellement, pour leur servir de modèle nu. D’autres m’ont souhaité de trouver un(e) photographe professionnel(elle) et que ses photos soient publiées dans des revues artistiques.

Il y a même un projet qui est actuellement en cours. Je ne peux pas en dire plus pour l’instant afin de ne pas se faire voler l’idée. Désolé !

Quoiqu’il en soit, cela m’a permis de faire connaître mon corps d’une façon tout autre. D’autant plus que cela m’a aidé à établir des liens avec des gens œuvrant dans le monde artistique.

Bref, je suis un homme comblé par la vie parce que j’ai osé faire ce que plusieurs personnes non handicapées n’ont jamais osé le faire : Réaliser un rêve. Rassurez-vous ! J’en ai bien d’autres.

À lire aussi, le commentaire de Rolland à l’article : La première fois que j’ai posé nue

Voir d’autres autoportraits de Rolland sur sa galerie Nude Arts

Il semble, d’après ce que nous entendons ici et là, que c’est beaucoup plus difficile pour une femme de se dévoiler que pour un homme. Les femmes font face à d’importantes attentes concernant leur apparence physique, ce qui fait qu’elles ont tendance à se juger et à se critiquer beaucoup plus fréquemment que les hommes. Est-ce que c’est également votre perception?

Nous vous présentons ci-dessous un témoignage d’une femme qui a répondu à l’invitation d’Oser poser nu-e. Comme pour beaucoup, une fois la barrière des appréhensions franchie, un tout nouvel espace d’exploration et de découverte s’est révélé…

La première fois que j’ai posé nue, j’avais un certain malaise pour ne pas dire un malaise certain de me laisser regarder telle que j’étais sans rien pour me protéger. J’ai tout de suite compris a quelle point je cherchais à me cacher du regard de l`autre car j’avais peur du jugement. En fait, j’ai été surprise, tant l’expérience était différente de ce que j’avais anticipé. Je croyais que j’aurais eu à me durcir un peu plus intérieurement pour parer le ‘coup’ du jugement qui viendrait nécessairement (c’est ce que je croyais) lorsque je serais révélée.

Mais rien n’a été comme prévu. En fait, devant l’œil de la caméra que j’ai sentie ouverte et généreuse, je me suis sentie fondre de l’intérieur, comme si mes défenses fondaient d’un coup, et ensuite, j’ai senti une telle légèreté, comme une joie de bouger en toute liberté. J’avais (peut-être temporairement) rompu les chaines qui m’avaient verrouillée à un jugement dur et sans tendresse envers mon corps.

En fait, j’ai compris que plus que les autres, j’étais mon premier et dernier juge.

J’ai adoré l’expérience de poser nue. C’est quelque chose que je fais régulièrement maintenant car je sens que tranquillement, le petit juge mesquin intérieur devient moins lourd dans la balance. Cet exercice m’a permis de mieux m’accepter telle que je suis et même de m’aimer mieux.

Lorsqu’à mon tour je prends la caméra et que je photographie une personne qui accepte de poser nue, je suis toujours d’abord dans la gratitude. Regarder quelqu’un au travers de la caméra, quelqu’un qui accepte de se révéler est un geste sacré. Le fait aussi de se révéler l’est autant bien entendu.

La personne qui accepte de se révéler telle qu’elle est me touche profondément. Le fait de se déshabiller est un symbole puissant. On accepte de sortir de sa zone de confort, de ses remparts, de ses masques.

Derrière la caméra, j’ai l’impression que mon regard est aussi tendre que lorsque je regarde un nouveau-né. Le corps humain dans toutes ses formes, dans toutes ses possibilités et ses expressions est merveilleux. Étrangement, c’est en photographiant de nombreuses femmes, de tous âges, que j’ai commencé à m’accepter moi-même telle que j’étais plus profondément. La pratique de la photographie de modèles nus est une pratique sacrée à mon avis. Lorsque mon regard est libéré de toute attente, de tout jugement, de toute envie, je vois la beauté partout.

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