L’initiative de Oser poser nu-e a été précédée d’une longue cogitation avant de prendre forme. Associé dès les premières démarches, le couple belge Annick Terwagne et Jean-François Collignon en a été l’un des inspirateurs. Ils nous présentent dès aujourd’hui, en guise de lancement officiel de ce site, le premier épisode de leur belle histoire. À la fois l’histoire du modèle qui franchit ses propres barrières, révélant sa créativité artistique, celle d’un photographe accompagnateur à la patience tranquille, et aussi celle d’un couple qui s’est construit dans cette démarche complice. À suivre!

Annick: Si nous commencions par les présentations? Annick TERWAGNE, 55 ans, modèle nue, pastelliste de la féminité, épouse du photographe  Jean-François COLLIGNON, 55 ans, et maman de deux  jeunes filles. Nationalité belge.

Pour comprendre comment j’en suis venue à poser nue, je crois qu’il faut comprendre comment j’en suis venue, avant tout, à accepter ma nudité.

Nos chemins se sont croisés en 1980. J’étais alors emprisonnée dans un mariage raté, vivant dans la  plus totale négation de moi-même. Inutile de penser « féminité et sensualité », deux termes bannis de mon quotidien. Quant à la nudité, n’en parlons pas. Je n’ai jamais vu mon mari de l’époque nu et lui ne m’a jamais vu nue non plus. C’est dire…

Jean-François est vite devenu mon meilleur ami, mieux encore, mon confident. Avec lui, je pouvais parler de tout sans subir de moqueries, lui parler de mes rêves sans subir d’ironie. Il était déjà photographe et traitait le nu féminin depuis l’âge de 17 ans. Ce sujet faisait bien sûr l’objet de nos conversations. Pour moi, c’était un rêve qui ne serait jamais réalité. Oui, mais, la nudité !

En 1986, à l’âge de 30 ans, j’ai claqué la porte et laissé derrière ce ménage sans avenir. Je rêvais d’un  lieu où je  pourrais vivre librement ma vie.  La maison de la liberté d’expression, aimais-je dire. J’ai aménagé dans un appartement sympathique et spacieux, empli de lumière naturelle, que je me suis  empressée de garnir de plantes d’intérieur. J’y ai mis de la vie. Immédiatement, j’y ai invité ma nudité, en toute « normalité ». Parce qu’elle me procurait un sentiment de bien-être, mais surtout de liberté, d’évasion. C’était une sorte de rupture avec mon passé. Je changeais de monde.

À cette époque, Jean-François et moi  ne vivions pas ensemble, mais étions toujours de vrais amis.  Je continuais de lui faire part, lors de longues conversations, de mes « confidences » et surtout de mes multiples interrogations. C’est que sortir de la nuit pour vivre en pleine lumière n’est pas chose aisée. Cela suscite bien des interpellations. Comme chacun de mes faits et gestes suscitait un reproche ou une raillerie, je me posais toujours la question à savoir si ce que je réalisais ou entrevoyais de réaliser dans le contexte de ma nouvelle vie était convenable.

Jean-François : C’est au cours de l’une de nos conversations qu’Annick m’a fait part de sa nouvelle façon de vivre dans son appartement et m’a demandé ce que j’en pensais. Je ne pouvais que l’applaudir et l’encourager à continuer, étant donné qu’en tout état de cause, cette initiative venait d’elle seule. À mes yeux, c’était tout à fait légitime et naturel. J’étais  pour ma part déjà adepte du naturisme et, en plus, photographe spécialisé dans le nu féminin. Ce qu’Annick savait, évidemment. Mais pour elle, vivre nue à la maison était une chose; accepter le regard de l’autre  était une toute autre histoire. C’était une véritable hantise.

A mes yeux, la nudité est une vérité, une réalité qui montre ce que l’on est et non ce que l’on veut faire paraître sous le couvert de l’habit. Qui plus est, la nudité s’apparente encore de nos jours à tant et tant de préjugés, de tabous, d’interdits. Pas étonnant alors qu’elle bouleversait Annick.

Je répétais à Annick que le regard d’un autre n’était qu’un regard et que le seul à compter vraiment était celui qu’elle portait sur son corps à  travers le reflet renvoyé par le miroir.
Car il est bien là, ce premier regard par lequel on accepte ou non sa nudité. On ose se présenter nu(e) devant sa grande glace et on se dit: je suis comme je suis et je l’assume totalement. On apprend ensuite  à connaître ces messages par l’entremise de cette nudité individuelle. Et petit à petit, on en fait son art de vivre, avant de le partager, peut-être, avec l’Autre.

Or Annick n’a pas été surprise que je lui offre une grande glace de deux mètres de hauteur sur un mètre de largeur. J’avais acheté celle-ci chez un brocanteur. Elle fait toujours partie de nos meubles.

Annick me disait que je ne connaissais rien à ces regards qui, même lorsqu’on est habillé, déshabillent et agressent, mais  valorisent rarement. Elle revenait souvent sur ce sujet lors de nos conversations, mais je n’essayais pas de la convaincre, me disant que seules les circonstances feraient qu’elle s’habituerait au regard de l’autre sur sa nudité, et qu’en attendant, elle continuerait à s’habituer à son nouveau genre de vie, à ce face à face avec elle-même devant sa nouvelle glace.

Cette circonstance de la vie a eu lieu lors d’un après-midi d’été. Je lui ai rendu visite pour la première fois à son appartement. Je lui avais préalablement téléphoné pour la prévenir de mon passage afin d’éviter  un effet de surprise néfaste. Néfaste dans le sens où cet effet de surprise aurait pu engendrer un blocage fatal dans sa démarche, son émancipation.

Annick m’a accueilli avec bonne humeur, m’a présenté le propriétaire en toute amitié. Lorsque nous étions rendus au salon, je lui ai fait part du fait que j’étais étonné de la trouver habillée. Elle a rougi comme une belle tomate mûre et m’a dit d’arrêter de me moquer d’elle, ce qui n’était franchement pas mon intention.

Mais pourquoi cette idée ? Tout d’abord parce qu’Annick ne s’était pas encore faite à l’idée qu’il pouvait être normal de vivre nu chez soi. Les murs de la maison, disent les Danois, sont inviolables. On y vit comme on veut y vivre, disent-ils, dans la confidence des habitants des lieux. Et cela ne regarde personne d’autre. Je n’avais donc aucune raison de me moquer de la manière dont elle vivait  entre ses murs. C’est une question de respect d’un droit individuel qui ne regarde que soi. En aucune manière je n’avais à porter de jugement à cet égard. D’autant plus que je partageais ce sentiment et  que de son côté, Annick manquait de confiance en elle ainsi qu’envers son propre corps. Je me fondais en cela sur ses « confidences » ;  je la comprenais. Il n’y avait donc pas lieu de se moquer.

Annick s’interrogeait aussi sur le fait que nous n’étions que des amis, même si notre amitié était sans œillères, et surtout sans silence, s’appuyant sur le fait que la nudité est intime parce qu’elle dévoile tout sur soi-même à l’autre. Heureusement, l’amitié ne se forge pas sur l’habit ou la nudité. L’amitié s’enrichit à partir d’autres vecteurs, du partage de certaines valeurs, de certaines passions, d’un certain idéal. Elle permet aussi et surtout d’offrir à l’autre son écoute, son soutien, sa libre expression et des réponses à ses interrogations, peu importe le domaine.

Dans le cas présent, l’objectif n’est pas de la voir nue, mais de lui permettre de vraiment connaître l’effet d’un regard autre que le sien sur sa nudité, de façon à ce qu’elle puisse former son propre jugement. Il faut bien que quelqu’un lui permette d’y arriver. C’est aussi à cela que sert un ami digne de ce nom.

Vient alors la question habituelle: la nudité est-elle sexuelle ?

Le naturiste que je suis et que j’étais déjà fait une distinction importante entre la sexualité et la nudité. Pour le naturiste, la nudité ne fait pas partie du contexte précis de la relation sexuelle, mais de son art de vivre. Et cette nudité peut être vécue loin du regard des autres ou sous celui-ci. Dès lors, ce qu’apporte le regard de l’autre sur le corps dévoilé n’est pas relié à la sexualité mais à une interrogation intérieure. Un désir de savoir. Pour Annick, compte tenu de son passé récent, il s’agissait de savoir si toutes ces négations d’elle-même étaient ou non justifiées.  Pour ma part, l’objectif le plus important consistait à lui faire comprendre que ces négations n’étaient que pures méchancetés, à mille lieux de la réalité.

J’ai aussi fait remarquer à Annick que cette connotation sexuelle pouvait parfaitement se rattacher à l’habit, qu’un décolleté profond ou une mini-jupe pouvaient susciter le désir sexuel de même qu’un regard, et qu’il était donc inopportun d’associer uniquement à la  nudité cette connotation ou convoitise sexuelle.

Annick: J’écoutais Jean-François et je le questionnais encore et encore. Mais  j’hésitais.
Je me demandais quel regard il porterait sur moi lorsque la barrière du vêtement serait tombée. À ses yeux, cette barrière n’est qu’une hypocrisie qui permet de montrer une image de soi qui ne correspond pas à son reflet intérieur. « L’habit ne fait pas le moine », me disait-il. C’est un fait.

Pour Jean-François, la nudité abolit cette hypocrisie et ouvre la porte à la reconnaissance, la simplicité, l’égalité. Que l’on soit juge, avocat, ministre, employé, jardinier ou curé, cela ne se voit pas lorsqu’on est nu. Quand nous sommes nus, c’est notre savoir-être qui devient le lien social.

Jean-François: Je  me demandais quel  regard autre que celui de l’admiration je pouvais porter sur Annick alors qu’elle  assumait sa vie de cette façon magnifique et voyais cette amie aller à la rencontre d’elle-même et à la recherche de réponses à ses interrogations.

Pour moi, il restait une dernière question: Qu’est-ce que cela apportera à Jean-François de me voir nue?

Jean-François: J’ai répondu à Annick que ça me procurerait la fierté d’avoir pu offrir à une véritable amie un savoir qui lui apporterait toujours plus de richesse personnelles que l’ignorance. Il allait sans dire que mon admiration serait plus grande encore du fait qu’elle serait allée encore une fois au-devant de ses interrogations, que cela changerait peut-être sa vision des choses et lui permettrait de franchir d’autres portes.

Annick: Je suis partie chercher des verres dans la cuisine. Tout bourdonnait dans ma tête. Oserais-je ou non? OSER, l’éternel problème! Je me suis dit: tant pis, il arrivera ce qu’il arrivera. Je me suis lentement déshabillée, laissant un à un mes habits sur le plan de travail. C’était comme si j’abandonnais un temps révolu pour ouvrir les portes d’un autre monde. Une fois entièrement nue, je me suis arrêtée et je me suis demandé: « Tu y vas ou tu n’y vas pas? »

D’autres questions m’ont alors envahie: et si ces négations passées étaient réelles, que j’étais vraiment moche et mal foutue, même si  ce n’est  pas ce que je vois lorsque je me regarde dans cette grande glace qu’il m’a offerte? Et si son regard se détournait de ma nudité plutôt que la féliciter? Le doute s’en prenait à moi! Il y avait aussi cette distinction entre la nudité et la sexualité, que je n’’étais pas encore parvenue à faire. J’avais une totale confiance en Jean-François, mais le passé était toujours présent dans mon esprit.

Elle est là, la fracture, la séparation entre l’éducation, le passé, et le fait d’OSER aller vers l’avenir. OSER casser la glace; OSER transgresser ce qui a toujours été présenté comme un INTERDIT!
Oui, je suis catholique, croyante mais non pratiquante. Mais plutôt que de vivre dans le doute, j’ai préféré SAVOIR! OSER SAVOIR!

J’ai pris mon courage à trois mains, deux ne suffisant pas. J’ai saisi le plateau et rejoint Jean-François au salon. Je n’en menais pas large, c’est le moins que je puisse dire.

Jean-François: J’ai eu la surprise de voir Annick revenir avec un plateau garni de deux verres et d’une bouteille de rosé frais. Elle était là, simple, naturelle, nue, resplendissante de féminité. Un rayon de soleil venait d’entrer dans la pièce. Au propre comme au figuré, car Annick est une vraie blonde aux yeux bleus. J’ai fait comme si de rien n’était. Elle a déposé nerveusement le plateau sur la table du salon et s’est mise à tourner sur elle-même, comme une ballerine, puis elle m’a demandé: « et maintenant, qu’en penses-tu»

Annick: Je vois encore le regard de Jean-François se poser sur ma nudité, prenant le temps, tout son temps, pour me regarder de la tête aux pieds, me laissant le même temps pour en capter le ressenti.
Étrangement, je ne me suis pas sentie « convoitée ». Je me suis sentie valorisée, ce regard n’étant pas scrutateur mais admiratif, enchanteur. Positif. « Je n’ai pas le droit de savoir ? », lui ai-je demandé, impatiente.

Jean-François: J’ai  effectivement pris le temps de contempler ce corps offert à mon regard, comme je le prends devant tout corps offert à mon regard pour m’en inspirer afin d’en faire une belle photo. Ce corps nu était tout simplement beau, naturel. Il était émouvant, dans le sens où il trahissait la tension intérieure d’Annick, mais tellement beau parce qu’il reflétait la simplicité, cette simplicité naturelle que j’avais toujours connue d’elle. Son corps était donc à son image.

Ce premier regard – j’y reviendrai – est important. Il ne peut être rapide. Il doit être lent, posé, sans censure. Pour celui qui la regarde, cette nudité offerte au regard ne peut être empêchée par une zone de non-droit visuel. Ce regard a le droit de se porter sur n’importe quelle partie du corps, mais d’une manière directe, non détournée. La regardée ne doit  en aucun cas avoir l’impression que le regardant cherche à lui « voler » quelque chose.

Je lui ai alors répondu : « surtout ne te rhabille jamais ».

Pour Annick, c’était le commencement d’une ouverture d’esprit qui s’éloignait du conformisme, des tabous et autres hypocrisies. Durant des mois, je lui ai rendu visite en toute amitié. Elle était là, nue, discutant avec moi des choses de la vie. Pour ma part, je restais toujours habillé, ma nudité n’ayant aucune raison d’être.

Annick: Je ne craignais plus son regard sur ma nudité. J’étais à l’aise à ses côtés. Jamais une parole déplacée ne sortait de sa bouche. C’était toujours des mots d’encouragement. Jamais un geste déplacé. En fait, je ne pensais même plus au fait que j’étais nue. En sa présence, ma nudité s’était inscrite dans la normalité. Elle était naturelle. Je découvrais que la nudité pouvait être autre que sexuelle. C’est ce que j’appelle aujourd’hui mon regard sur mes nudités. Je parlais avec Jean-François du quotidien, de l’avenir, de mes rêves. Oui, de cet autre rêve: poser nue pour lui!

A suivre…

 Le site d’Annick Terwagne :

http://www.artmajeur.com/akart

Le site de Jean-François Collignon

http://www.jfcollignon.book.fr/