Il semble, d’après ce que nous entendons ici et là, que c’est beaucoup plus difficile pour une femme de se dévoiler que pour un homme. Les femmes font face à d’importantes attentes concernant leur apparence physique, ce qui fait qu’elles ont tendance à se juger et à se critiquer beaucoup plus fréquemment que les hommes. Est-ce que c’est également votre perception?

Nous vous présentons ci-dessous un témoignage d’une femme qui a répondu à l’invitation d’Oser poser nu-e. Comme pour beaucoup, une fois la barrière des appréhensions franchie, un tout nouvel espace d’exploration et de découverte s’est révélé…

La première fois que j’ai posé nue, j’avais un certain malaise pour ne pas dire un malaise certain de me laisser regarder telle que j’étais sans rien pour me protéger. J’ai tout de suite compris a quelle point je cherchais à me cacher du regard de l`autre car j’avais peur du jugement. En fait, j’ai été surprise, tant l’expérience était différente de ce que j’avais anticipé. Je croyais que j’aurais eu à me durcir un peu plus intérieurement pour parer le ‘coup’ du jugement qui viendrait nécessairement (c’est ce que je croyais) lorsque je serais révélée.

Mais rien n’a été comme prévu. En fait, devant l’œil de la caméra que j’ai sentie ouverte et généreuse, je me suis sentie fondre de l’intérieur, comme si mes défenses fondaient d’un coup, et ensuite, j’ai senti une telle légèreté, comme une joie de bouger en toute liberté. J’avais (peut-être temporairement) rompu les chaines qui m’avaient verrouillée à un jugement dur et sans tendresse envers mon corps.

En fait, j’ai compris que plus que les autres, j’étais mon premier et dernier juge.

J’ai adoré l’expérience de poser nue. C’est quelque chose que je fais régulièrement maintenant car je sens que tranquillement, le petit juge mesquin intérieur devient moins lourd dans la balance. Cet exercice m’a permis de mieux m’accepter telle que je suis et même de m’aimer mieux.

Lorsqu’à mon tour je prends la caméra et que je photographie une personne qui accepte de poser nue, je suis toujours d’abord dans la gratitude. Regarder quelqu’un au travers de la caméra, quelqu’un qui accepte de se révéler est un geste sacré. Le fait aussi de se révéler l’est autant bien entendu.

La personne qui accepte de se révéler telle qu’elle est me touche profondément. Le fait de se déshabiller est un symbole puissant. On accepte de sortir de sa zone de confort, de ses remparts, de ses masques.

Derrière la caméra, j’ai l’impression que mon regard est aussi tendre que lorsque je regarde un nouveau-né. Le corps humain dans toutes ses formes, dans toutes ses possibilités et ses expressions est merveilleux. Étrangement, c’est en photographiant de nombreuses femmes, de tous âges, que j’ai commencé à m’accepter moi-même telle que j’étais plus profondément. La pratique de la photographie de modèles nus est une pratique sacrée à mon avis. Lorsque mon regard est libéré de toute attente, de tout jugement, de toute envie, je vois la beauté partout.