Le second épisode du témoignage conjoint du photographe Jean-François Collignon et de l’artiste pastelliste et modèle Annick Terwagne.

(Lire le premier épisode)

Jean-François: Lors de nos longues conversations, toujours lorsque nous n’étions encore que des amis, Annick, habituée maintenant à discourir nue avec moi (toujours habillé), me faisait souvent part de son désir de posséder des photos d’elle-même, nue. C’était surtout lorsqu’elle regardait les photos que je réalisais avec d’autres Dames. À l’époque, j’étais photographe de mode et je travaillais, aussi en cette qualité, pour un institut de beauté dont je réalisais les photos publicitaires.

Annick: Avoir des photographies de moi intégralement nue était pour moi un très vieux rêve.

Mais du rêve à la réalité, il y avait un profond fossé, un sommet impressionnant à franchir. Pourtant, je vivais nue dans mon appartement et le regard de Jean-François sur ma nudité m’était devenu familier. En fait, je ne pensais plus à ma nudité; je déambulais en sa présence comme si j’étais habillée. Je me sentais bien dans ma peau, en confiance, et cette confiance en moi me gagnait petit à petit. Je quittais définitivement mon passé.

Jean-François: Un jour d’été où il faisait très beau et chaud, je rendis visite à Annick. Comme elle en avait pris l’habitude, elle m’accueillit nue, en toute simplicité. Je lui exprimai mon envie de la photographier nue. Je vis alors un beau sourire se dessiner sur son visage et elle accepta sans hésiter. Elle disparut pour, me dit-elle, passer une robe. Je la vis revenir en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire.

Annick: J’avais porté mon choix sur une robe blanche et noire dotée de fines bretelles qui laissaient mes épaules libres. Je la portais à même ma peau car celle-ci est sensible. En effet, elle prend immanquablement la marque des sous-vêtements lorsque j’en porte, ce qui ne doit pas être beau sur les photos. Je le pensais à l’époque et je le pense encore aujourd’hui.

Jean-François: Nous sommes partis pour les lacs de l’Eau d’Heure (en Belgique), Nous avons pris un petit sentier qui contourne le lac et trouvé un endroit tranquille peuplé d’herbes, au bord de l’eau, en vue de réaliser ces premiers nus d’Annick.

Annick exigea que je m’assure qu’il n’y avait pas âme qui vive aux alentours. C’est qu’elle ne tenait pas à être vue nue par quelqu’un d’autre que moi. Je fis le tour de l’endroit. Rien. Nous n’étions qu’elle et moi. Elle s’installa sur une couverture que nous avions apportée, s’agenouilla dessus et attendit mes instructions. Je réglai mon Nikon F1 puis lui dis simplement: tu peux ôter ta robe; je suis prêt.

Annick: C’est là que le mur s’est dressé devant mes yeux! Le doute, de nouveau! Oui, mais… Qui dit photo dit développement! Des personnes que je ne connaissais pas pourraient les voir, me voir nue! Jean-François pourrait montrer à d’autres personnes ces photos de moi, comme celles que je visionnais. Mais je trouvais mes pensées injustes compte tenu qu’il faisait preuve d’une totale discrétion concernant le fait qu’il m’initiait à ma nudité.

Initier, dites-vous? Oui, c’est le bon verbe! C’est une joie et une chance de pouvoir vivre nue sous le regard d’un vrai ami avec qui vous pouvez parler librement de votre nudité, sans qu’il y ait cette désagréable et continuelle connotation sexuelle. Sans parler de ces sous-entendus que j’entendais à longueur de journée sur le fait que j’étais ou non une vraie blonde. Et ce n’est qu’un exemple.

Étrangement, Jean-François n’a jamais émis de sous-entendus à connotation sexuelle à l’égard de ma nudité. Nous allons le voir dans ces articles. Il parlait en mots poétiques de n’importe quelle partie de mon corps. Ces mots étaient toujours positifs et surtout polis.

Jean-François: Ce n’est que plus tard que j’ai connu ses pensées légitimes. Annick ne faisait pas la distinction entre les photos publiques qu’elle visionnait et les photos privées qu’elle ne voyait jamais. Mes photos publiques étaient publiées, exposées, en vertu d’un contrat de publication.

Qui plus est – et j’y reviendrai -, on ne joue pas avec ce genre de photos. Elles appartiennent au domaine privé, et seule la personne photographiée a le pouvoir de décider de les montrer ou non à d’autres. C’est une règle infaillible. En termes de droit, cela relève des droits relatifs à la personnalité et, plus particulièrement, du droit concernant les éléments d’identification et d’expression de la personnalité. Il s’agit notamment du fameux respect de l’image de la personnalité.

Annick: Jean-François a raison. Je n’aurais pas aimé croiser le regard de quelqu’un qui, à mon insu, aurait vu des photos de moi, nue. Encore aujourd’hui, je suis révoltée lorsqu’un homme me montre des photos de son épouse ou de sa petite amie nue, et souvent dans des positions aguichantes. Pour moi, ce n’est pas là rendre hommage à son épouse ou à sa petite amie: c’est l’insulter.

Que je sois claire: ce n’est pas ce genre de photo qui me révolte mais son utilisation. Chacun fait ce qu’il veut de sa vie, mais le tout est de respecter l’Autre. Nous verrons plus tard que c’est moi qui ai demandé à Jean-François d’exposer mes photos. Jamais il ne l’a fait de sa propre initiative. Je trouve qu’il s’agit là d’une marque profonde de respect. En effet, une photo de moi, nue, reste du domaine personnel et privé jusqu’au moment où j’en décide autrement. Si c’était la personne directement concernée par ces photos qui me les avait montrées, je n’en aurais aucunement été révoltée.

Jean-François: Le respect est un maître mot pour le photographe en ce qui concerne sa modèle. Reconnaissance, humilité et respect. D’autant plus que cette modèle est intégralement nue.

Je me souviens de mes premiers cours à l’école de photographie. Il y avait une modèle en studio. Première règle inculquée et gravée dans ma mémoire: on ne touche pas une modèle, même pour placer convenablement une de ses mèches de cheveux. Une sanction est imposée à celui qui enfreint la règle: un renvoi immédiat et définitif. Le respect ne concerne donc pas uniquement les photos, mais également le comportement du photographe à l’égard de sa modèle. Vous êtes reconnaissant parce que cette Dame vous offre la possibilité d’exercer votre art. Sans sa nudité, pas de photographie de nu féminin. C’est aussi simple que cela.

Pour ce qui est de l’humilité, je me demande souvent combien de photographes ont déjà osé prendre la place de leurs modèles. Pour ma part, j’ai posé nu avec Annick pour une amie photographe. Pourtant bien habitué à la nudité, je me suis rendu compte que l’exercice n’était pas si facile que cela. Je rencontrais soudain ce fameux regard sur ma nudité, celui que je pose habituellement sur celle des autres. Et que dire des poses à prendre?

Annick: Je me souviens aussi de cette séance particulière à la maison. L’époux d’une peintre (qui y exposait et qui ne travaille que l’érotisme féminin) désirait que je pose nue pour lui. Cela ne me dérangeait en rien, mais je me demandais si son épouse posait elle aussi nue pour lui. La réponse n’était pas très claire. J’ai alors proposé un échange de bons procédés: je poserais nue pour lui si son épouse et moi posions nues pour Jean-François.

Jean-François: J’ai vu l’hésitation et l’interrogation se dessiner sur son visage. J’ai alors précisé ma pensée. J’ai proposé de visiter son exposition, en privé, et que toutes deux soient nues. Ma vision des choses était en outre la suivante: lorsque l’on peint du nu féminin, on doit être capable, à un certain moment de sa vie, de prendre la place de la modèle. À cet égard, j’avais en tête la démarche de Rodin. C’est à ce moment-là, celui où l’on prend la place de la modèle nue, que l’on se rend compte de ce que cela représente. Moi, je le savais, mais pas elle!

Annick: Nous avons visité l’exposition, nues, sous le regard et l’objectif de Jean-François. Elle m’a dit après que c’était une merveilleuse leçon de vie. L’humilité! Savoir rester humble devant l’offrande de l’Autre.

J’ai fait tomber la bretelle droite de ma robe, puis la gauche. Ma robe tenait sur le haut de ma poitrine grâce à deux mains fermes, les miennes. Jean-François ne disait rien; il captait sur la pellicule ces moments uniques, qui sont par la suite devenus pour nous des souvenirs impérissables.

J’ai alors fait descendre ma robe doucement pour dévoiler mon sein gauche, à peine plus bas que le mamelon.

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Jean-François: Son visage était tendu. Elle s’est arrêtée et m’a déclaré timidement: « je ne saurais aller plus loin aujourd’hui ». J’immortalise la scène: Annick remonte sa robe. La séance est terminée. Jusqu’à la prochaine, peut-être.

La photographie du nu féminin est quelque chose de très sensible car il ne s’agit pas, en l’occurrence, d’une modèle professionnelle, mais simplement d’une Dame qui désire posséder des images « intimes » d’elle-même. Intimes en regard de la nudité. Et c’est fréquent. Toute la démarche de la Dame est donc intérieure et personnelle. Pour le photographe, il s’agit alors de comprendre l’attente de celle-ci, de ne pas brusquer les choses, de procéder avec diplomatie, de ne pas s’offusquer qu’elle n’y parvienne pas au premier essai, et surtout, de ne pas se moquer d’elle. Il faut agir avec respect, écoute, humilité et avec beaucoup de psychologie!

Il m’est arrivé souvent d’attendre un certain temps avant que la modèle occasionnelle sorte du vestiaire et se présente devant moi, nue, afin que je la photographie, à sa demande. Comme Annick me le dira souvent lorsqu’elle posera pour des photographes autres que moi, ce temps est important. Même lorsqu’il n’y a pas de vestiaire, c’est un moment de recueillement, de solitude, de face à face avec soi-même avant d’offrir sa nudité à la critique de l’artiste. C’est aussi, me dira-t-elle, un moment de questionnement: est-ce que ma nudité va lui plaire? Est-ce que la séance va bien se passer? Et ainsi de suite. Annick n’a fait que dévoiler une partie d’un sein. C’est le plus loin qu’elle est allée. C’était déjà une étape de franchie. Il fallait que je lui laisse le temps de la réflexion.

Aux fins de l’anecdote, cette photographie trône fièrement dans son atelier, en format 50×70 centimètres! Comme quoi elle a laissé des traces dans nos mémoires.

A suivre…

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