Poser nue: du rêve à la réalité ! (3)

Nous publions le troisième épisode d’une lente et patiente initiation à la pose nue, initiation dans laquelle le photographe joue le rôle d’accompagnateur. Présenté sous la forme vivante d’un double témoignage, dans lequel le photographe et le modèle se répondent et expriment tout à tour leur propre perception de l’expérience, ce récit est diffusé en plusieurs épisodes, semaine après semaine. Cliquez sur Annick Terwagne et Jean-François Collignon dans la catégorie des auteurs pour accéder à l’ensemble de leurs témoignages. Abonnez-vous au bas de la page pour être tenu informé des prochaines parutions.

Jean-François: Quelques semaines plus tard, je lui rends visite de nouveau. Il fait très chaud et le temps est radieux. Je la trouve nue chez elle, comme elle en a désormais l’habitude. Elle est joyeuse, pleine de vie. C’est plaisant car cette nudité est naturelle, libre, irréfléchie. Elle s’émerveille de voir que j’ai pris ma sacoche photo, et cette fois, c’est elle qui me demande: « Nous n’irions pas aux lacs de l’Eau d’Heure pour faire des nus de moi? »

Je n’ai aucune objection. Cela se passe dans la tête, et si elle est décidée à faire une nouvelle séance, il ne faut pas hésiter. C’est qu’elle ressent la force, le courage et l’envie de le faire. L’audace également. Le résultat, dans ce cas, est assuré dès le départ.

Annick: Jean-François a raison. Après ce premier essai, ma tête s’est mise à travailler. Je trouvais mes interrogations de plus en plus déplacées, pour ne pas dire ridicules, compte tenu de son attitude à mon égard. Qui plus est, les personnes qui développaient les photos ne les voyaient peut-être pas et en outre, je ne connaissais pas ces personnes. J’ai toutefois demandé à Jean-François où il les faisait développer, et lorsqu’il m’a répondu que c’était dans un laboratoire professionnel à Bruxelles, je me suis sentie un peu plus rassurée. C’est alors que je me suis dit: ma fille, c’est maintenant ou jamais! OSE !

Jean-François: Nous sommes retournés au même endroit, mais dans une petite crique très discrète, loin de toute présence humaine. Nous avons placé la même couverture sur le sol, qui était caillouteux, cette fois, et j’ai tout de suite vu mon Annick ôter sa robe, sans même me demander de m’assurer qu’il n’y ait personne dans les environs. « Voilà, me dit-elle, à toi de travailler; cette fois, je suis entièrement nue. » J’ai alors réalisé les premières photographies d’Annick nue. Elle venait de franchir le mur. À l’époque, elle parlait d’un sommet.

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Certes, elle était tendue, crispée, mais qui ne le serait pas à l’étape de la pose? L’important, c’est qu’elle est allée au-devant de son rêve, qui, à cet instant, est devenu réalité. J’ai été surpris de la voir se lever, s’approcher du bord de l’eau et se baigner.

 

Annick: C’est vrai, au départ, j’étais stressée. J’étais là, nue, au beau milieu de la nature. Une nouveauté pour moi. C’était toutefois agréable car le soleil me chauffait la peau et une brise légère me caressait l’épiderme. Je ne savais pas comment me placer, quelle pose prendre. Je pensais à toutes ces photos que je voyais dans les magazines, mais je ne me voyais pas en poseuse nue.

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Je me suis alors comportée normalement. J’entendais les déclics de l’appareil photo qui immortalisait cette grande première. Que dire de ces déclics fascinants de l’appareil argentique? Ils me donnaient une sensation étrange de bien-être, de valorisation. À chaque déclic, je savais que sur la pellicule se couchait une image de moi sans que je sache laquelle. C’était une joie !

Pour sauter du coq à l’âne, je dirai que le fait de se demander quelle partie de soi le photographe est en train de photographier procure en effet une sensation étrange. La modèle est là, nue, et ne voit que l’objectif de l’appareil photographique derrière lequel « se cache » le photographe. Cet objectif peut capter un ensemble ou un détail sans qu’on en ait connaissance avant de regarder la photo. Or être modèle nue, c’est accepter que chaque partie de cette nudité offerte à l’artiste fasse l’objet de son attention. Chaque déclic correspond à un regard porté par Jean-François sur ce corps nu. J’aimais et j’aime encore le voir tourner autour de moi, me regarder à travers le viseur, chercher le bon angle. Et puis clic, clac.

Avec les appareils numériques, on n’entend malheureusement plus ce déclic. Dommage car – il faut OSER le dire – c’était grisant. Quand on pose nue, il n’y a pas de silence. On capte de vraies sensations; on ressent de vraies émotions. On prend un réel plaisir à être photographiée nue. Jean-François abordera cet aspect plus tard. C’est ce qu’il appelle du nu sensoriel, émotionnel.

Jean-François: Annick a raison: le photographe a devant lui un être humain, et il faut tenir compte de beaucoup de facteurs humains, dont les sensations et les émotions. J’y reviendrai.

Annick: À un certain moment, j’ai vraiment eu envie d’entrer dans cette eau que j’avais sous les yeux. J’avais complètement oublié le cadre dans lequel j’étais. Je me suis levée et je suis entrée lentement dans cette eau agréable. C’était la première fois que je me baignais nue dans un lac, que j’étais nue dans la nature, mais ce n’était pas la dernière.

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Jean-François: Une fois ce cap franchi, la réalité fait place au rêve. Être photographiée nue peut alors devenir une passion, une certaine forme d’épanouissement. L’espace naturel peut devenir pour le corps nu un magnifique territoire d’expression. L’avenir le démontrera. Vingt-cinq ans plus tard, Annick pose toujours nue, de préférence dans la nature.

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A suivre…