L’apprivoisement de la nudité, tel que vécu par Annick Terwagne accompagnée de Jean-François Collignon, entraîne une complète métamorphose non-seulement dans la façon de se voir, mais aussi dans la manière de s’habiller! Présenté sous la forme vivante d’un double témoignage, dans lequel le photographe et le modèle se répondent et expriment tout à tour leur propre perception de l’expérience, ce récit est diffusé en plusieurs épisodes, semaine après semaine. Cliquez ici ou sur les noms des auteurs dans la liste des catégories pour accéder à l’ensemble de leurs témoignages. Abonnez-vous au bas de la page pour être tenu informé des prochaines parutions.

Poser nue: du rêve à la réalité!

(Quatrième épisode)

Jean-François: Cette première séance de nu intégral avait manifestement plu à Annick. Lorsque, quelques jours plus tard, je lui ai apporté ses photographies, son visage s’est illuminé en les regardant. Je me rappelle même l’avoir vue bomber le torse en me disant: « eh, pas mal la nana, non»? Puis elle a tout de suite ajouté: « tu accepterais que l’on en fasse d’autres? »

Pourquoi aurais-je refusé alors que je pouvais lire sa joie sur son visage et qu’en moi, je ressentais l’envie d’en refaire tellement ce corps m’inspirait par son côté naturellement et librement vécu? Osons le dire spontanément.

Annick: Poser nue était pour moi quelque chose d’inimaginable avant de rencontrer Jean-François. Grâce à lui, à son écoute, sa patience, son recul face à la nudité, je venais de réussir, à l’âge de trente ans, ma première séance de pose nue. Un moment inoubliable, stressant mais tellement épanouissant et, j’ose le dire, très valorisant.

J’avais sous les yeux mes premières photos me représentant intégralement nue. J’étais heureuse et fière de moi. Un autre reflet de ma nudité m’était renvoyé: non pas celui que je voyais dans la glace, mais celui qui était réel dans la photographie et dans le regard que Jean-François portait sur elle.

numérisation0100

Ces photographies, je les ai regardées et regardées encore, une après l’autre. C’est l’avantage de la photographie par rapport à la glace et à son côté éphémère. Lorsque j’étais seule, nue dans mon salon, je prenais tout mon temps pour les examiner attentivement, scrutant les moindres détails de mon anatomie. Je me découvrais à travers ces photographies, et souvent, m’attardant sur un détail, je me rendais devant la glace pour contrôler celui-ci. En fait, à travers elles et avec la complicité de la glace, je cherchais mes défauts, ce que Jean-François appelle « chercher ce qui n’existe pas ».

Jean-François: Il est vrai que la modèle regarde ses photos sous un angle qui n’est pas le même pour le photographe. Ce sont deux visions souvent opposées. Le photographe voit la photo du point de vue artistique et technique tandis que la modèle voit avant tout son corps et ce qu’elle lui reproche. La modèle voit sur la photo des détails d’elle que le photographe n’a même pas remarqués. Un bouton par ci, de la cellulite par là… C’est humain, mais ce n’est pas ce genre d’attention que le photographe porte sur ce corps nu. Le photographe cherche à réaliser LA photo, celle qui mettra en valeur cette nudité offerte. Le « détail », il s’en servira justement dans cette recherche de mise en valeur, et il le fera avec art et « volupté ». Ce détail ne doit pas être un défaut pour exister et être valorisé.

014

Annick: Cela m’a appris à oser me regarder nue sans détour. Cela m’a surtout appris à faire attention à mon image nue et à modeler celle-ci non pas selon la vision des autres mais selon la mienne. Mon regard a donc OSÉ se porter partout sur ma nudité. Il n’était plus « fuyant » mais ciblé, concentré, critique, lent. D’autant plus que j’étais de plus en plus à l’aise de poser nue lors des séances qui, dorénavant, se succédaient les unes aux autres. Je ne pensais plus, j’agissais.

C’était, et c’est encore aujourd’hui, magnifique. Nous partions en promenade tous les deux. Jean-François avait toujours son appareil photo sous le bras. Un coin m’inspirait ou l’inspirait, et il disait alors « allez, ôte ta robe que je te photographie ». Ou je prenais l’initiative de la retirer, et en avant les photos. Je ne pensais qu’à cela avant de partir. Ainsi, j’avais pris l’habitude de ne rien porter sous ma robe, espérant secrètement que l’on trouverait un endroit isolé et tranquille où je pourrais poser nue.

Je me rendais compte que le fait d’être nue sous le regard et l’objectif de Jean-François m’apportait un bien-être fou, une joie de vivre incroyable. Je n’étais plus bafouée; j’étais… reconnue. Et de quelle manière! Cela se reflétait dans mon quotidien. À l’appartement, je nettoyais, nue, en dansant sur des airs de Duran Duran. J’aimais aussi passer un certain temps à regarder par la fenêtre, sachant que personne ne pouvait me voir nue. J’avais ainsi l’impression d’offrir ma nudité au monde entier. Prémisse?

Je me souviens même d’avoir repeint mon appartement nue. Mon corps, en fin de journée, était aussi coloré que les murs. Est-ce de là que m’est venue, 17 ans plus tard, l’envie d’expérimenter le body painting ? Qui sait?

Ma nudité était constante; j’étais bien, libre et heureuse d’être.

A l’extérieur, j’étais joyeuse. Je faisais du lèche-vitrine, désireuse de changer de style vestimentaire, de me féminiser et de quitter ces jeans ainsi que ces chemisiers boutonnés jusqu’à l’étranglement que j’étais obligée de porter auparavant.

Jean-François: En tant que photographe, je travaillais dans le secteur de la mode. Annick me parlait de son envie d’opérer un changement vestimentaire. Je l’accompagnais de temps en temps lors de ses promenades en ville. Régulièrement, je m’arrêtais devant la vitrine d’un magasin de mode et lui montrais une robe ou un chemisier qui m’interpellait. Nous rentrions, elle procédait à l’essayage puis elle ressortait, lumineuse, son sac contenant ses nouveaux vêtements sous le bras.

J’ai effectivement vu les jeans disparaître pour ensuite voir Annick enveloppée d’une jolie robe ou d’un chemisier ouvert sur une charmante jupe courte. Elle riait et plaisantait. Ce n’était plus l’Annick d’antan. C’était une nouvelle Annick. Une véritable métamorphose s’opérait.

Annick: Le regard que je portais sur ma nudité influençait celui que je posais sur ma petite personne habillée. Je choisissais mes vêtements, je les passais et j’allais ensuite me mirer dans la glace. L’ouverture de mes chemisiers, comme le souligne Jean-François, faisait maintenant l’objet de mon attention. Je défaisais un bouton à la fois pour juger de l’effet. En outre, je bougeais pour voir comment le chemisier réagissait! Les jupes subissaient le même sort.
Je soignais maintenant mon image lorsque j’étais nue, mais aussi quand j’étais habillée. Je commençais à aimer être séduisante quand j’étais habillée. Ce désir d’être séduisante, j’allais aussi le rattacher à ma nudité.

Jean-François: Il est vrai qu’à partir du moment où l’on commence à apprécier sa nudité, il est plus facile de mettre son corps en valeur sous l’habit. On reste bien dans l’image que l’on veut donner de soi. En ce sens, la nudité n’échappe pas à l’habit.

007