Notre collaborateur québécois Rolland St-Gelais, qui s’occupe plus spécifiquement du modèle “différent”, s’est mis à la recherche d’œuvres d’art publiques qui témoignent du corps nu portant un handicap physique…

Je me suis questionné sur un sujet qui me touche beaucoup et auquel je devais absolument trouver une réponse valable. Existe-t-il un endroit à Québec où l’on peut voir des œuvres d’art représentant une personne atteinte d’un handicap physique dans la plus totale nudité, mais jouissant d’un potentiel de vie digne d’intérêt ? En effet, les œuvres d’art de nudité que l’on retrouve à Québec représentent dans la majorité des cas des gens, hommes et femmes, ayant tous les attributs de la « normalité » physique, et pour ce qui est des autres, ce ne sont que de vulgaires copies d’œuvres de l’antiquité. Par exemple, j’ai eu beau chercher dans les différents pavillons d’enseignement de l’université Laval, je n’ai malheureusement trouvé aucune représentation artistique correspondante à mes recherches. Mais, ai-je abandonné? Absolument pas! J’attendais seulement de trouver la bonne représentation, au bon endroit et au bon moment. Ce qui n’allait pas tarder.

Comme vous le savez déjà, je suis une victime de la Thalidomide. Ce qui m’amène à me rendre régulièrement dans un centre médical afin de me procurer des prothèses aux membres inférieurs pouvant faciliter mes déplacements et, ainsi, avoir une qualité de vie satisfaisante. Les services offerts par l’Institut en réadaptation en déficiences physiques de Québec sont parmi les plus réputés au Canada. Par exemple les membres du personnel des « aides techniques », c’est-à-dire ceux et celles qui ont pour tâche de fabriquer les prothèses, les orthèses et autres appareils d’adaptation pour pallier aux handicaps physiques possèdent une expertise incomparable dans leurs domaines respectifs et ont un souci constant du bien-être de leurs patients. Bien entendu, une telle équipe est appuyée par un conseil d’administration affairé de trouver les équipements à la fine pointe de la technologie afin de répondre aux besoins cruciaux de leur clientèle. Il me semble être approprié de saluer leur travail et leur dévouement dans cette présentation par le simple fait que votre humble serviteur serait incapable de vivre décemment sans leur aide ni la présence d’un tel centre. D’ailleurs, c’est-là que j’allais trouver ce dont je cherchais depuis longtemps.

Je me suis donc rendu à ce centre afin d’y recevoir des soins. Profitant d’une période d’attente de quelques heures, et pouvant me déplacer grâce à la chaise roulante que ma prothésiste m’avait prêtée, j’ai donc décidé de fouiller les lieux à la recherche de ce trésor : Une œuvre d’art qui montre une personne handicapée nue. Euréka ! J’ai trouvé l’objet de mes désirs à un endroit tout à fait approprié pour ce centre, c’est-à-dire dans le hall d’entrée.

En effet, une sculpture représentant un homme handicapé se trouve bel et bien à cet endroit. Pourquoi ne l’avais-je pas remarqué avant ce jour ? C’est un peu ce qui nous arrive : nous ne voyons pas ce qui nous entoure à moins d’y être forcés. Cette découverte a été pour moi sensationnelle. Là se trouvait devant moi une sculpture d’un homme nu, handicapé mais manifestant une force extraordinaire pour combattre l’adversité. Tout ce qui y est présenté est digne d’intérêt : un corps d’une beauté exceptionnelle assis sur un tronc d’arbre, une force physique présente dans les moindres détails, un sexe masculin dévoilé sans gêne et dans une flaccidité respectable démontrant qu’un homme handicapé est avant tout un être sexué sans être pour autant une bête de sexe. Pour moi, ce détail est important de souligner étant donné l’image flatteuse de l’homme handicapé au plan de la sexualité. Il est soi un impuissant frustré, soit un obsédé incapable de contrôler ses pulsions sexuelles. Vous trouvez que j’exagère ? Croyez-moi! Il en est rien.

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J’ai trouvé judicieux de voir une telle sculpture dans ce centre car elle reflète ce que la personne handicapée doit dorénavant faire : relever les défis de la vie sans renier sa pleine humanité. L’image de l’infirme quêtant sa pitance auprès de la plèbe, tout comme celle de cet ange asexué véhiculée dans la culture religieuse, est bien révolue. Désormais, les patients admis dans ce centre peuvent découvrir tout le potentiel de vie qui se retrouve encore en eux. N’est-ce pas là le rôle des arts ? Valoriser la vie telle qu’elle soit. Il est tout de même dommage qu’il n’y ait pas de telles œuvres d’art dans les expositions permanentes ici même à Québec. Pourquoi confiner une telle œuvre dans un centre pour la réadaptation physique des personnes handicapées au lieu d’en promouvoir dans différents endroits artistiques ? Ne serait-ce pas un moyen efficace pour combattre les préjugés envers tout ce qui ne cadre pas avec les critères de perfection véhiculées dans nos sociétés ? Il y a là un sujet à débat. Alors, lecteurs et lectrices, qu’en pensez-vous ?

Rolland St-Gelais

Québec

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