Oser poser nu-e privilégie les articles témoignant d’expériences vécues de l’utilisation du corps nu dans les arts, autant de la part des photographes et artistes que des modèles.

Nous vous présentons le récit d’une séance de pose nue spéciale, impliquant le modèle Rolland St-Gelais, le photographe Patrick Audinet et la cinéaste Marie-Pier Auger, lesquels se mobilisent tous ensemble pour sortir des tabous et pour porter un nouveau regard sur le corps différent ou handicapé.

Paroles d’âmes

(Un respect absolu de ma personne)

Il me fait plaisir de partager avec vous mon expérience personnelle vécue à l’occasion d’une séance de photographie où j’ai agis en tant que modèle nu. Ladite expérience restera gravée dans ma mémoire pour le reste de mes jours tellement j’ai été surpris non seulement par son déroulement, mais aussi par le professionnalisme de toute l’équipe de « Ex-Hi-Bi ». Mais, au fait! Qu’en est-il exactement ? Qu’y avait-il de si particuliers pour qu’un tel évènement suscite en moi autant de joie et de plaisir par le simple fait de poser nu devant une caméra? Recommencerais-je un tel « exploit »? Et, pourquoi donc advenant le cas? Voilà les principales questions auxquelles je désire répondre.

Bien entendu, j’invite les membres de « Ex-Hi-Bi » qui ont participé à cette séance photographique à partager avec vous, lecteurs et lectrices de « Oser-Poser-nu-e », leurs opinions sur une telle expérience. Je termine mon introduction en remerciant individuellement les membres de cette formidable équipe, en l’occurrence, le photographe Patrick Audinet, son assistante que j’adore Marie Larocque, sans oublier celle qui a permis une telle réalisation et pour qui j’éprouve un profond dévouement, et j’ai nommé Marie-Pier Auger. Grâce à vous, j’ai vécu une journée mirifique. Mais, comme on dit si bien au Québec : « Le meilleur est à venir. » J’en suis persuadé.

Le calme du Québec

J’ai la chance de vivre dans l’un des plus beaux coins de pays au monde. En effet, le Québec est une province riche en variétés agrémentant ainsi le paysage naturel. Nos forêts regorgent d’arbres offrant leurs couleurs automnales à nos yeux émerveillés par le miracle de la nature. C’est dans un quel décor digne des plus grands peintres que j’ai parcouru en bus la distance entre ma belle ville de Québec, capitale de la francophonie nord-américaine, et la métropole de la « Belle Province » ; Montréal.

Trois heures de route qui, je l’avoue, a favorisé une intériorisation profonde de mes objectifs. Ne dit-on pas que les voyages forment la jeunesse? Eh bien, je peux vous confirmer qu’à mon âge, ils m’ont surtout aidé à séparer l’utile du superficiel. Ce qui est d’autant plus vrai dans le cas présent. Qui suis-je? D’où viens-je? Où vais-je? Voilà trois interrogations qui ont été vite résolue pendant le voyage.

Qui suis-je? Un homme qui désire partager avec le monde entier son vécu de manière authentique et sans fausse pudeur, sa masculinité et ce, bien haut delà de sa différence physique. Un homme qui est fier de son corps puisqu’il témoigne d’une histoire qui lui est unique. Bref, un homme amoureux de la vie et qui est digne dans sa nudité. D’où viens-je? D’un long processus d’adaptation face aux circonstances de la vie qui ont parfois été contre moi, mais aussi dans lesquelles j’ai été appuyé par de véritables anges gardiens. Un parcours de vie qui débuta par un désir de me voir disparaître dans un hôpital pour enfants déficients mentaux, loin des yeux trop sensibles pour accepter de voir les résultats causés par l’âpreté aux gains de certaines multinationales pharmaceutiques. Cachez-le et oublions-le! Où vais-je donc? Justement, je vais montrer que ce corps mérite d’être à la fois découvert, vu et admiré par le simple fait qu’il existe encore après tant d’années. « Cachez-le ! Nous ne voulons pas le voir » dirent certaines personnes bien nanties à mes parents. Moi, je leur réponds : « Voyez! Il est encore là et mordant la vie à pleines dents. » Certes, il n’a pas marché sur la lune, ni accompli un exploit olympique qui mérite d’être inscrit dans les annales. Mais il a tout de même une raison de vivre et c’est de prouver que la vie vaut le plaisir d’être vécue. Oui, je vais à Montréal donner ce corps avec une pleine confiance envers ceux et celles qui ont pour tâche de découvrir l’humain en lui, et non pas le handicapé. Ma décision de poser nu n’a jamais été branlée d’une manière ou d’une autre. Mon âme a soif de communiquer, certains théologiens diraient de communier, avec les autres âmes en ce monde en laissant tout bonnement parler ce corps. Parler dans un silence total, un silence libre de toutes entraves sociales.

Des regards chaleureux!

Un vieil adage dit que les journées les plus mémorables sont souvent précédées par des nuits sombres. C’est, ici, un peu vrai. En effet, je suis arrivé à la gare de Montréal vers les 19:00 où la cinéaste Marie-Pier A. m’attendait avec un sourire magnifique. Un sourire qui en disait long sur la belle aventure qui allait se poursuivre les jours suivants. Une aventure qui fit de votre humble serviteur un homme comblé. Signe précurseur de l’automne ; les nuits au Québec ont commencé de plus en plus tôt depuis quelques semaines. Voilà pourquoi nous arrivâmes dans la résidence dans une nuit typiquement du Québec, une nuit remplie de vie et de mystères, et où tout peut arriver et où tout est permis.

La chaleur du groupe avec qui j’allais partager mon quotidien me fit sentir comme un membre de la famille. Au programme? De la simplicité, de la joie et des rires à profusion! Oui, c’était là ma famille momentanée avec qui j’allais vivre dans tous les sens du terme. Bien entendu, que nous nous devions de nous préparer pour le Jour-J, le jour où j’allais offrir mon corps, l’offrir … à celui qui regarde!

StGelais-ExHiBi

Le modèle Rolland St-Gelais vu par le photographe Patrick Audinet en séance préparatoire (en robe de chambre – les photos de nu seront diffusées ultérieurement lors du lancement du film documentaire de Marie-Pier Auger)

Poser nu et sans fausse pudeur.
Plus qu’un art, une véritable passion!

Voilà un défi que très peu de gens, dits « normaux », ont relevé dans leurs vies.

Le jour tant attendu a eu lieu mardi le 20 septembre dans un endroit magnifique, loin des regards indiscrets et du bruit environnant des centres urbains. Une intimité sans faille se dégageait du groupe. Une intimité telle qui existait dans nos vieilles églises de jadis là où la sollicitude, la confiance et le respect régnèrent en maîtres. Je m’y sentais chez-moi où un décor agréable m’accueillait, telle une femme qui me tendait ses bras pour me souhaiter la bienvenue, prêt à être témoin de scènes jusque-là inédites en ces lieux. Ce que j’y allais vivre restera à jamais gravé dans mon cœur.

Une fois la visite des lieux accomplie, je me dirigeais vers le local où j’allais me préparer pour la séance. Inutile de vous dire que mon cœur avait des palpitations. Je pourrais même affirmer que j’avais les mains moites, mais cela serait un peu exagéré dans ma situation. Quoiqu’il en soit, tout fut enlevé avec l’aide de la cinéaste qui me réconforta en utilisant les mots appropriés pour les circonstances. Une fois la robe de chambre sur mes épaules, j’entrai dans le temple sacré où régnait une atmosphère somme toute agréable. On m’invita à prendre place sur une chaise. Mon rêve alla se concrétiser : être un modèle nu.

L’ambiance était presque romantique tellement la chaleur humaine entre les participants-es était palpable. Je m’y sentais bien et respecté par les regards des personnes présentes. Des regards qui cherchaient à découvrir la beauté authentique ; celle de mon âme communiant avec le monde environnant par l’entremise de ce corps riche en faits vécus. Une âme qui crie sa soif de vivre, un corps qui désire manifester son droit d’être ce qu’il est et un homme fier d’être simplement … un homme. Des gestes d’apparence anodine m’ont parus extraordinaires. J’ai en mémoire, à titre d’exemple, Marie L. qui, prenant un instant de repos bien mérité entre deux clichés, est venue à mes côtés comme si nous étions des copains de longue date. L’homme nu que j’étais devant tout le monde, était devenu à ses yeux un homme « vrai » dans le sens le plus noble du terme. Un moment bref, mais qui a marqué de manière irrévocable le cœur de votre humble serviteur.

Je n’ose pas compter le nombre de clichés réalisés par le photographe. Et, pourquoi le ferais-je ? Ne dit-on pas dans le domaine de la photographie nue que « le corps appartient à celui qui le regarde »? J’avais, et j’ai encore, une confiance inébranlable à son éthique de travail. D’ailleurs, j’ai eu la chance de voir quelques-unes de ses photos réalisées durant la séance. Une pareille occasion consolida ma foi en son éthique.

Comme toute bonne chose a une fin, notre séance se termina dans une franche cordialité. Une cordialité qui fit de moi un homme heureux d’avoir pu accomplir un rêve : celui d’être enfin devenu véritablement un modèle nu. Mais, le rêve ne fait que commencer!

Je passe maintenant ma plume aux participants-es afin qu’ils puissent partager avec vous, lecteurs et lectrices, leurs propres expériences. Allez! La parole est à vous.

P. Audinet

Un gros merci à toute l’équipe, Marie Larocque, Marie-Pier Auger et à Rolland en particulier pour cette belle expérience. Ce n’était pas simplement un travail photographique, mais avant tout, une rencontre humaine où les différences s’effacent pour laisser la place à l’être. Un beau projet humain.

M. Larocque

Il me fait plaisir de participer à un projet aussi original qui amène les tabous sur la place publique de façon artistique, c’est tout simplement magnifique !

L’art de faire autrement, de s’exprimer différemment transforme et ouvre nos consciences sur la différence.

M.-P. Auger

Ce projet est pour moi, la chance de jeter la lumière sur ce que la majorité des gens refusent de voir, refusent d’imager en raison de ce sempiternel mythe de la beauté qui sclérose le regard de la masse sur L’HOMME. C’est l’opportunité d’essayer de faire lever les tabous et aussi de donner la parole à un corps et surtout à un homme qui vaut la peine d’être entendu et VU. C’est un très beau projet qui, je l’espère, saura nous réunir et allier tous ces beaux et divers talents.

Conclusion

Que puis-je dire en terminant la rédaction de ce texte? Tout simplement un grand merci à toutes les personnes qui m’ont accueilli non pas comme un sujet d’étude, mais avant tout comme un être humain, comme un … homme dans le sens le plus noble.

Rolland St-Gelais

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