Le sixième épisode de l’apprivoisement de la nudité et de la pose nue, tel que vécu par Annick Terwagne accompagnée par le photographe Jean-François Collignon. Pour lire les premiers épisodes dans l’ordre chronologique, cliquez ici et commencer par l’article en bas de la page .

 

Poser nue: du rêve à la réalité!

Sixième épisode

Annick: Pour moi, c’était fascinant. Ainsi que je l’avais fait avec ma chevelure, j’ai soumis ma coupe pubienne à toutes les épreuves. Comme pour ma nudité, j’ai voulu créer une fracture avec mon passé, comme pour dire « allez ma fille, on reprend tout à zéro. Exécution. ». Une fois la chose faite, je me suis précipitée devant ma grande glace pour mesurer le résultat. Ouf! C’était impressionnant mais nettement plus beau, bien qu’à mes yeux, trop excessif. Il n’empêche que je découvrais chez moi d’autres lignes et que je prenais tout le temps de les visionner dans ma grande glace. Jean-François ne savait pas quel beau cadeau il m’avait fait en m’offrant cette glace grandeur nature.

L’épreuve suivante consistait à OSER me présenter à ce point défrichée – et le mot est faible – devant Jean-François. Je pouvais aussi attendre et laisser repousser un minimum de gazon car plus rien ne cachait alors mon pubis. Le gazon n’a pas eu le temps de repousser avant la visite suivante de mon ami, confident et photographe. Je l’ai accueilli nue, comme à l’accoutumée, mais pas tout à fait à l’aise, comme s’il me manquait une protection, un écran. Je me sentais en quelque sorte démunie.

Je n’ai rien dit. Il n’a rien dit.

Comme c’était désormais une habitude, nous sommes partis faire des photographies de moi, nue. J’étais réellement stressée. À l’intérieur de moi, j’avais peur que cela ne lui plaise pas, l’indispose. Pourtant, Jean-François n’a rien modifié à sa façon de me photographier et s’est limité, en termes de commentaires, à me féliciter pour cette nouvelle et belle séance.

J’étais soulagée.

Jean-François: J’avais constaté, il est évident, ce changement qui touchait l’image de la nudité d’Annick. Je l’ai déjà écrit et je l’écrirai encore souvent: un photographe est avant tout un regardant, un observateur. Il est important de dire que ceci ne s’applique pas uniquement à la nudité, mais aussi à la vie de tous les jours du photographe et à tout ce que son regard croise. On ne ferme pas les yeux sur ce que l’on va immortaliser sur la pellicule. J’y reviendrai dans le cadre d’un prochain article.

Avais-je à me prononcer alors qu’Annick ne m’avait rien demandé? Non. Je suis son ami, son photographe attitré et non le dessinateur de sa nudité. Comme je l’ai écrit dans l’article précédent, je ne suis en rien l’arrangeur ou le juge. La nudité ne se juge pas, elle s’admire.

Intérieurement, par contre, j’applaudissais ce nouveau geste lié à son désir d’aller de l’avant. Annick avait une nouvelle fois OSÉ franchir le mur afin de savoir. Pour moi, c’était l’essentiel, la seule chose qui comptait.

Elle a dit que c’était trop excessif, mais pour ma part, je ne le pensais vraiment pas. Annick parle de créer une fracture avec son passé. Or c’était certainement la plus belle manière de le faire. Ce qui est aussi remarquable, c’est qu’elle ait osé se présenter à moi et se laisser photographier comme telle. En fin de compte, elle commençait réellement à assumer son choix d’être et de vivre. C’était et c’est encore aujourd’hui sa ligne de conduite.

Faut-il aussi rappeler qu’il s’agit ici de pose nue non professionnelle, privée?
Dans le cadre de la pose nue professionnelle, l’image de la nudité peut être adaptée selon les contraintes du contrat avec le client. La modèle nue est rémunérée en vertu d’un contrat et doit donc respecter ces contraintes. J’ai connu ce genre de cas lorsque je travaillais pour un institut de beauté et d’esthétique.

Cela s’applique-t-il uniquement à la nudité? Non. Je me rappelle certaines séances de pose que j’ai faites, en tant que photographe, pour des défilés de coiffure. La modèle n’avait tout bonnement rien à dire quant à la coiffure réalisée. J’ai vu des modèles pleurer en voyant leur longue et belle chevelure blonde se transformer en cheveux très courts. Il est donc très important de faire cette distinction entre la pose nue à caractère  privé et la pose nue professionnelle.

Annick: Quelques jours plus tard, une série de nouvelles photos m’a permis de voir cette image adaptée de ma nudité. Cette époque-là fut l’une des plus merveilleuses de ma vie parce que je pouvais faire tout ce que je voulais de ma nudité sans pour autant faire l’objet de la moindre remarque désobligeante. Qui plus est, Jean-François me laissait une entière liberté en matière de pose. Dans le cadre de sa démarche artistique, c’est toujours le cas aujourd’hui.

Jean-François: C’est exact. La pose nue « privée » a cela de merveilleux que chaque modèle la vit différemment, à sa manière. Dès que je m’y suis consacré, à l’âge de 17 ans, j’ai compris que la force de la pose nue consistait à laisser à la modèle la liberté d’agir, ne rien lui dicter. Le reflet de la nudité de la modèle est alors le sien et non un reflet imposé par l’artiste. Cela devient des arrêts sur image. C’est ce que j’appelle des « instantanés » sur la nudité. C’est franchement passionnant grâce à la diversité, mieux, à l’imprévu.

Vous me direz que ce ne peut être le cas pour la pose artistique, mais je ne serai pas d’accord avec vous.

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Regardez cette photo: je n’ai rien dicté à la modèle. Seuls l’éclairage et l’angle de la prise de vue sont sous ma direction. Or cette photo n’est-elle pas artistique?

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Regardez celle-ci! N’a-t-elle rien d’artistique? Pourtant, c’est Annick, surprise, assise sur un appui de fenêtre. Ce qui est artistique ne correspond pas nécessairement à la définition de la pose de l’artiste, mais plutôt à l’art de mettre en valeur l’imprévu de la modèle nue, sur le plan artistique.

Annick: Je démontrais de plus en plus d’audace dans les poses, de façon à toujours en découvrir davantage sur cette nudité offerte à l’objectif, à la voir sous d’autres angles. Les photos m’apportaient plus de réponses que ma grande glace. En réalité, j’allais constamment à la rencontre de moi-même, et j’ai fini par trouver l’image de ma nudité qui me plaisait le plus, soit celle qui est toujours mienne aujourd’hui. C’est cette photographie que j’aime appeler « Je, tout simplement ». Tout simplement ? Oui, sans plus. C’est cela, la simplicité de la nudité: ne pas en faire quelque chose de compliqué. OSER la montrer dans sa plus simple expression.

Et Jean-François était un témoin silencieux, qui immortalisait mes audaces. Cela aussi était merveilleux. Mais ces photos restaient d’ordre strictement privé. Jean-François m’apprenait à regarder les choses telles qu’elles étaient et à apprécier le fait qu’il les regardait de cette façon. Telle qu’elles sont. Telle que je suis.

Jean-François: C’était impressionnant de voir comment le fait d’être photographiée nue plaisait à Annick. C’était pour elle des moments d’évasion et de complicité qui permettaient de faire de beaux clichés.

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Rien ne l’arrêtait. Ce fut le cas même lorsque nous avons fait ce nu abandonné, par un après-midi de printemps, soit à une époque de l’année où les feuilles ne garnissent pas encore les arbres.

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Elle n’hésitait pas à se coucher sur un tas de bois, à se confondre avec un tronc d’arbre.

 

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Elle se sentait libre et ne pensait plus à ce que je pouvais voir ou ne pas voir. En réalité, je commençais à connaître ce corps dans toutes ses subtilités, visuellement, à l’apprécier comme tel et à prendre un énorme plaisir à le photographier. Annick l’offrait avec tant de joie et de naturel.

C’est une partie importante de la relation entre le photographe et sa modèle. Au-delà de la confiance mutuelle, il y a le plaisir réel qu’exprime la modèle du fait d’être nue et de poser ainsi. De là naît une complicité réelle car la modèle ne pense plus à sa nudité: elle la vit pleinement sous le regard de l’objectif.

Et la pose, me direz-vous? Encore là, nous sommes dans le cadre de séances privées, et la modèle est une Femme qui se cherche, se découvre, s’analyse, se façonne et s’exprime librement. Encore une fois, le photographe n’est pas là pour juger les poses qu’elle prend, mais bien pour lui apporter ce qu’elle cherche à travers ses poses, ses photographies.

Oui, me direz-vous, mais il y a pose et pose. Non, il y a pose, tout simplement.
Le photographe n’est pas là pour censurer la modèle, mais pour la photographier nue et capter la libre expression de son corps. Le photographe, ici, est un témoin et non un acteur. L’acteur, c’est la modèle, et aucune pose n’est interdite lorsque c’est elle qui en prend l’initiative. En fait, la modèle est en droit de montrer tout ce qu’elle a envie de montrer d’elle-même, comme elle le ressent.

J’aime dire à mes modèles nues, en début de séance: « C’est votre séance; faites-en ce que vous souhaitez ».