Nous publions un extrait de texte sur le portrait nu dans l’histoire de l’art, tiré du manuscrit d’un livre en préparation, et écrit par l’un de nos collaborateurs.

Envoyez-nous vos témoignages et réflexions, par courriel, ou sous forme de commentaires. Les commentaires seront publiés sous forme d’articles. Nous nous permettons le cas échéant de les éditer, de façon à garder le point focal sur une meilleure compréhension, plus constructive et moins dénaturée par les préjugés, de l’art du nu et de la pose nue.

Réflexion sur le portrait nu dans l’histoire de l’art

Parmi toutes les représentations de nu que l’on peut recenser dans l’histoire de l’art, il n’y a pas tant de « portraits nus », c’est-à-dire d’images qui désignent une personne spécifique tout en la révélant dans sa nudité.

Le nu en art a souvent été utilisé pour représenter une allégorie, une figure esthétique ou un idéal dépersonnalisé, mais beaucoup plus rarement pour en faire un portrait représentant une personne comme telle.

Durant des siècles et des siècles, une sorte de séparation implicite a subsisté entre l’art du portrait et l’art du nu, comme si les deux ne pouvaient être mariés. Le portrait personnalisé s’opposant en quelque sorte au nu que l’on voulait plus universel et dépersonnalisé, polarisation confirmée par le fait que culturellement les artistes ont eu tendance à séparer ce qu’on pourrait appeler l’art du visage, et l’art du corps.

Il est d’ailleurs facile de constater que dans les arts traditionnels le corps est souvent évacué des portraits, soit que la représentation s’arrête à la poitrine, ou éventuellement à la taille, qu’il soit dans l’ombre ou peu présent, ou encore dissimulé derrière des vêtements.

Alors que dans la représentation traditionnelle du nu, le visage est souvent dépersonnalisé au moyen d’un traitement esthétique, en le simplifiant à l’extrême ou en diminuant considérablement l’importance des traits, et ce lorsque la tête n’est pas complètement omise en étant tournée ou carrément hors cadre.

Depuis quelques siècles, la tendance naturaliste et réaliste de l’art a favorisé une représentation plus réelle et moins idéalisée du modèle, et les « portraits nus » ont commencé à faire leur apparition.

La tendance à la dépersonnalisation du nu dans l’art pictural continue cependant à subsister, ne fût-ce que dans la façon de nommer l’œuvre. Quand l’artiste réalise un portrait spécifique, il n’hésite pas à nommer la personne représentée, par exemple « Portrait de monsieur ou madame Untel ». Quand il s’agit d’un portrait nu, il s’efforce de habituellement de relativiser l’identité du sujet en le nommant de façon générique, exemple : nu assis.

Le portrait nu à titre de provocation

Le portrait nu frontal, vu de plein pied dans son intégralité, a été plus fréquemment utilisé en art contemporain depuis quelques décennies, souvent avec une intention de provoquer ou à tout le moins de défier les « bonnes manières » de l’art conventionnel.

C’est la forme de nu qui est considérée comme étant la plus « choquante ».

Pourquoi ?

Peut-être parce qu’elle en appelle à la rencontre intime avec un autre individu qui nous fait face sans tous les masques et apparats de la rencontre mondaine, lesquels créent une distance réconfortante entre les personnes.

Le face à face avec le portrait nu a quelque chose d’intransigeant et d’incontournable.

Nous sommes loin de la position de l’observateur anonyme qui est témoin d’une scène dépersonnalisée sur laquelle il peut projeter son imagination sans être lui-même vu.

La rencontre face à face avec une personne nue nous renvoie à notre propre fragilité d’être. Il nous rappelle aussi que « l’autre » corps, en effet de miroir, n’est pas aussi séparé de notre propre corps que nos perceptions voudraient nous le faire croire, l’un et l’autre partageant la même vulnérabilité et condition d’être humain.

Rappelons pour terminer et pour me pas oublier la raison d’être de l’art, que toute personne est un poème et un univers en elle-même.

Toute personne, dans son intégralité, corps et visage, est un poème. Tout incarnation est un chant d’amour universel, l’histoire épique de plusieurs générations, un roman d’aventure, et tout corps parle beaucoup plus profondément que n’importe quelle conversation.

Toute représentation de l’image d’une personne, en corps et âme, vaut mille mots pour peu qu’on sache s’arrêter et l’écouter en silence, sans aucune idée préconçue.

H.